samedi 13 septembre 2014

Les Nouvelles - TASSADIT LA BIENHEUREUSE chapitre 4

TASSADIT LA BIENHEUREUSE

Chapitre 4 – Du poids de la tradition




Des préparatifs berbères

L’anniversaire de Tassadit était prévu le lendemain. Sa mère le préparait ce matin là. Elle confectionnait des pâtisseries (makrout, cornes de gazelle et zlabia essentiellement). Tassadit, après s’être occupée de ses frères et sœur et du ménage, a rejoint sa mère à la cuisine.
C’était une pièce sommaire. Au centre, le kanoun, sur lequel était posé un grand couscoussier. Le kanoun était un trou profond d’une vingtaine de centimètres. On y faisait du feu pour cuisiner ou simplement se réchauffer. C’était le pilier de la maison berbère. Sur le mur, quelques ustensiles de cuisine étaient accrochés de façon artisanale. La famille de Tassadit n’avait pas encore de cuisinière ; ils en seront équipés des années plus tard. Son père avait tenu à acheter un frigo, produit de luxe à l’époque. Il était branché dans la salle à manger pour le préserver des fumées émanant du kanoun et aussi pour que les visiteurs accueillis dans la salle puissent le voir.  Il était alors de bon ton d’afficher fièrement ce type d’acquisitions.
Tassadit a du faire de nombreux allers et retours au four du village pour cuire les nombreuses pâtisseries. Toutes les familles ne disposant pas de four faisaient de même. Le four était géré par un villageois qui, moyennant finances, s’occupait de la cuisson.

En fin de journée, tout était prêt : le couscous, les galettes de blé dur, le pain au levain et les gâteaux. Pour l’occasion, de la viande à profusion avait été cuite. Au quotidien, les familles modestes n’en mangeaient pas. Il fallait profiter des mariages, anniversaires, baptêmes pour s’en régaler.
Cette nuit là, Tassadit eu du mal à s’endormir tant l’excitation était grande. Par le bouche à oreille, tout le voisinage savait qu’on fêtait les 12 ans de Tassadit. Ils viendraient donc nombreux tout au long de la journée et seraient servis des mets préparés à n’importe quelle heure. Bien sur, chacun ramènerait un présent pour Tassadit. Pour ses parents, c’était aussi l’occasion de montrer leur fille comme future mariée potentielle.
Tassadit avait conscience du sens donné à cette fête en son honneur. Elle n’en faisait pas cas. C’était la tradition de son village. Elle espérait en secret que la famille d’Arezki serait présente.

Un anniversaire en demi-teinte

Au petit matin, sa mère la réveilla. Elle coiffa longuement ses cheveux longs et bruns en les enduisant d’huile d’olive. La famille de Tassadit possédait des oliviers. Le moulin du village leur permettait d’en tirer une huile riche qu’ils conservaient dans des jarres immenses. Suivant son millésime, l’huile avait différents usages. Pour la cuisine, on utilisait la plus récente. Une autre, plus ambrée, servait de médicaments en la réchauffant légèrement. Celle à la couleur plus sombre pouvait être utilisée pour nourrir les cheveux, les rendre plus brillants.
Pendant que sa mère la coiffait, elle lui rappelait l’importance de bien accueillir les invités et de se montrer sous son meilleur jour. Il en allait de son devenir.
Tassadit écoutait attentivement sa mère partagée entre son désir de jeune fille de faire la fête et celui de l’aînée de la famille promise à des fiançailles à venir.
La tenue de Tassadit était traditionnelle. Une longue robe kabyle ornée de broderies colorées. Autour de la taille était nouée une sorte de paréo aux couleurs orangées et brodé comme la robe. Des bijoux kabyles en argent vieilli avec des pierres de corail rouges, vertes et bleues paraient le cou et les bras de Tassadit. Un bijou frontal était posé par-dessus un foulard orné de pendentifs argentés.
Sa mère lui mit du khol (une poudre minérale noire ou grise utilisée pour maquiller et soigner les yeux) aux yeux puis observa le résultat.
Tu es belle ma fille. On dirait Kahina la reine des berbères (Cf. le texte du blog sur kahina reine des berbères). Elles diront toutes que Zouina a une fille belle comme une perle et elles voudront toutes de toi pour leur fils
 Je suis trop jeune yemma (maman en kabyle) et puis tu as besoin de moi
 Ne dis pas n’importe quoi ; tu as 12 ans. J’ai été mariée à 10 ans. D’ici 2 à 3 ans ce sera ton tour pour la joie de ton père et de nous tous. Assez parlé. Des invités pourraient arriver dans peu de temps.

Tassadit se rendit dans la cour à ciel ouvert. Une chaise richement décorée était installée sur un tapis de fête de couleur rouge.
Assise sur cette chaise les yeux levés vers le ciel, Tassadit observait un oiseau sur le toit de la maison. Elle le regarda s’envoler et envia sa liberté.


La suite de Tassadit La bienheureuse dans le chapitre 5


ZE VENUS ZB, 13 septembre 2014

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